Adulte - Littérature française
Simple - Julie Estève - Stock
Julie Estève
Edition: 
Stock
Date de sortie: 
22/08/2018
Prix éditeur indicatif: 
17.50 €

On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché au coeur des montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine parle à sa chaise, lui raconte son histoire, celles des autres, et son lien ambigu avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 80.
Qui est coupable ?
On plonge à pic dans la poésie, le monde et la langue singulière d’un homme simple, jusqu’à la cruelle vérité.

 

Critique du Carnet à Spirales: 

Antoine Orsini est mort mais nul ne le pleure. Son enterrement doit se faire. Il se fait. Dernière à se pencher sur son cercueil, la Mère Biancarreli lui rend son hommage, « se racle la gorge, flanque le crachat dans le trou ».

Le ton est donné. La scène inaugurale annonce la couleur, la teinte choisie par Julie Estève pour Simple. Antoine est le « baoul » de ce petit village corse, le simple, l’idiot, le pas fini. Il se raconte, narrateur attachant de ce court roman émouvant, avec son fidèle compagnon Magic. Cruel, l’homme sait l’être, assurément, endormi dans ses certitudes, apte à condamner avec comme seule justice, la trompeuse évidence. Le « baoul » fit de la tôle, quinze ans, pour le meurtre de Florence, son amie, sa seule amie, son amour de gosse. Un drame pour celui qui aime la liberté, la nature somptueuse car lui sait encore, dans l’innocence de sa différence, la beauté des choses, cette poésie endormie dans un bouquet de fleurs. Il rêve, le baoul, il rêve d’espace, de navettes, il parle aux spationautes dans sa petite cabine téléphonique, il rêve éveillé. Il a un pote, surnommé E-T, car sa tête est bizarre, ce seul pote. Tendre, le baoul l’est mais ses crises de violence, de désespoir sont énormes, incontrôlables. Ce sont celles d’un enfant non voulu, non souhaité, souffre-douleur d’un père apte à frapper, à crier, à insulter, coupable désigné de la mort de sa femme : « Dans ton crâne, c’est le désert des Carpates ! », disait ce père alcoolique. Le baoul parle, se confesse à sa chaise en plastique, cette chaise percée qui reçoit ses réflexions pertinentes sur les gens du village, sur la vie, la religion, la mort. On peut être baoul mais pas aveugle. Antoine est simple, certes, mais il reconnaît la bassesse dans les comportements humains, les braves et les couards, les vicieux et les purs, les escrocs et les sincères. Simple est un roman puissamment émouvant, cruellement réaliste, d’une écriture originale et inventive qui fait corps (et âme) avec son personnage singulier et pluriel. Une réussite.

oui
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